Histoire
07 mai 2026
De la forêt au safran, les ambassadrices de Skoura M’ Daz
Pour ce quatrième portrait de l'Année internationale de la femme agricultrice, nous partons au cœur du Moyen Atlas, à Skoura M'Daz, province de Boulemane. Là où les forêts de cèdres abritent encore le thym sauvage, l'armoise et le romarin, une femme a décidé de ne plus seulement cueillir mais de cultiver, distiller, transformer et commercialiser.Habiba Ntourine est présidente de la coopérative féminine Safirate Al Aachabe « les ambassadrices des plantes ». Son histoire est celle d'un basculement : du geste ancestral de la cueillette vers une chaîne de valeur complète des plantes aromatiques et médicinales, portée par un collectif de femmes rurales et soutenue par l'initiative « Agroécologie au féminin » de la FAO.Les cueilleuses de la forêtUn soir, seule chez elle, Habiba feuillette un vieux journal. Son regard tombe sur un mot : « ambassade ». Le lendemain, elle propose le nom aux cinq femmes qui l'accompagnent depuis le début : Safirate Al Aachabe, les ambassadrices des plantes. De six adhérentes en 2019, elles sont aujourd'hui quinze à porter le projet.Les premières années sont celles de la cueillette. Les femmes marchent jusqu'aux collines, ramassent le romarin sauvage, le thym, le genévrier. Mais Habiba observe : les intermédiaires arrachent les plantes jusqu'aux racines, la ressource s'amenuise. Alors elles font un choix qui va tout changer : passer de la cueillette à la culture. Et en 2024, elles osent le pari du safran. « On n'est plus les mêmes. Avant, on bricolait. Maintenant, on produit. On sait ce qu'on fait, on sait pourquoi on le fait, et quand je mets un flacon entre les mains de quelqu'un, je suis sûre à cent pour cent de ce qu'il y a dedans. »— Habiba NtourineLes ambassadrices du Moyen AtlasCe qui a changé va au-delà des machines et des formations. Aujourd'hui, quand une femme du village vient voir Habiba et lui dit « c'est mon mari qui m'a dit de venir, il m'a dit : regarde ce qu'elles font, ces femmes » quelque chose a bougé. Le nom de Skoura M'Daz circule désormais dans les salons et les foires. Des gens qui vivent ailleurs contactent la coopérative pour dire qu'ils sont fiers que leur village ait enfin un nom quelque part. Derrière ces plantes, il y a des mains. Derrière cette coopérative, il y a un collectif de femmes qui ont décidé de ne plus attendre. Comment le safran a-t-il changé la donne ? Comment le regard du village s'est-il transformé ? Tout est dans le portrait complet.« Qu'elles aient confiance en elles. Confiance en leurs capacités. Qu'elles s'accrochent à leur rêve. Celle qui a quelque chose en elle, qu'elle le montre — qu'elle ne le garde pas. Même si elle se trompe. On se trompe, on corrige, on recommence. Et on continue — jusqu'à ce qu'on y arrive. »- Habiba Ntourine